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POINT DE VUE

L'Afrique, l'Opinion et la Chine moderne
Justin DETTO | 27/3/2008

Actualité
Justin DETTO

A un moment où les puissances occidentales semblent délaisser le continent africain ou n''y ont maintenu qu'un seuil de présence minimale, la Chine a fait montre de sa capacité à assumer son nouveau rôle de puissance émergente.

Faisant preuve d'un dynamisme impressionnant, elle a mis en œuvre une stratégie globale pour trouver de nouvelles frontières à ses populations et à son économie. Acteur à part entière de la mondialisation, Pékin a compris le bénéfice qu'il pouvait tirer de l'Afrique en usant d'une des armes les plus redoutables de l'après guerre froide : la puissance économique.

L'Afrique n'a pas changé ses méthodes de collaboration de partenariat et de rétrocession de marché alors que la chine est une puissance économique tout aussi boulimique que n'importe quelle puissance dans le panier du G8.

La Chine industrielle est un esprit subtil dont la sagacité perfore parfois les caprices de la nature : une terre sismique qui réussit, sans bruit, à planter des gratte-ciel d'une exemplarité vérifiée. Et c'est au nom de cette subtilité que la présence de cette puissance en Afrique requiert une aggiornamento collectif non pas pour avertir contre quoi que ce soit mais au moins pour avoir une lisibilité transversale de cette percée nouvelle dont la déglutition ne se passe non sans grogne.

Le Sénégal du sopie n'a pu se contenir lorsque l'expansion du trafic des chinois s'est révélé concurrentiel. Le 29 novembre 2002, Ousmane Sy Ndiaye, secrétaire permanent de l'Unacois, expliquait à Afrik : « Les Chinois se positionnent sur les mêmes créneaux que les Sénégalais, en proposant des produits de moins bonne qualité, à des prix inférieurs à ceux pratiqués normalement. Ils ne respectent pas la législation douanière et fiscale du Sénégal. Pour payer des taxes réduites, ils déclarent des importations de conteneurs de pièces détachées. Or, les pièces en question sont prêtes à être emboîtées en une demi-heure pour donner des produits finis. C'’est une économie de temps et d'argent qui leur permet d’être redoutablement compétitifs... »

Par ailleurs, le même jour, le responsable de L'Unacois ajoute : « Nous voulons que le cordon douanier soit respecté pour que des produits dangereux pour la santé des consommateurs n’'entrent pas sur le territoire. Nous avons déjà reçu des plaintes de consommateurs qui expliquaient que le cuir qu'ils avaient acheté leur provoquait des allergies. D'autres ont signalé que les pots de fleurs faisaient mourir leurs plantes ». C'est une déclaration enregistrée à chaud, au moment où le collectif des syndicats des commerçants du Sénégal a appelé à une protestation populaire. Mais c'est une déclaration qui rappelle en référence un problème commun à tous les pays de l'Afrique noire : « le cordon douanier » c'est-à-dire le droit d'entrée et de sortie des marchandises. Mais aussi « le cuir qu'ils avaient acheté provoquait une allergie » la question qui se pose là est de savoir si ce discours est subséquent aux exigences dictées par la nécessité syndicale ou un simple problème de vulnérabilité en matière de bien de consommation. Dans tout les cas, il y a matière à réflexion.

Depuis les champs pétrolifères soudanais jusqu'aux fermes zimbabwéennes, partout en Afrique la présence chinoise se voit et se fait sentir. Selon Stephen Marks, la relation sino-africaine s'est récemment modifiée, passant d'une idéologie de la Guerre Froide à une poursuite-type d'intérêts personnels économiques.

Mais le tableau n'est pas tout aussi sombre que l'on pourrait le croire - alors que le géant économique mondial grandit, de nouvelles perspectives se présentent pour l'Afrique.

Sur une plus grande échelle, une présence chinoise plus intense en Afrique fait partie de l'effort de créer un paradigme de la mondialisation qui favoriserait la Chine ; un peu comme le dit le chef d'état ivoirien à la télévision nationale « le plateau de l'intégration » : « la présence des chinois en Afrique est d'abord une chance pour les chinois »

Dans le passé, la présence chinoise en Afrique a pu profiter d'une histoire partagée en tant que cible d'un impérialisme européen et à cause de son engagement idéologique contre l'impérialisme et pour la libération nationale.

La Chine a déclaré son respect du principe de la souveraineté nationale et la non interférence dans les affaires internes. Non seulement une telle approche séduisait les dirigeants qui faisaient face à la menace de conflits internes pour des raisons peu nobles mais elle contrastait aussi avec les mobiles douteux des ex-pouvoirs coloniaux.

Désormais, avec l'idéologie de l'abandon de la Guerre Froide consistant à entreprendre une poursuite-type de ses intérêts personnels économiques sous forme d'accès aux matières premières, aux marchés et aux sphères d'influence à travers l'investissement, le commerce et l'aide militaire la Chine peut être soupçonnée de couver des ambitions d'impérialiste. Et à ce niveau, il faudra craindre la déconstruction de toute la cosmogonie françafricaine et même du Commonwealth.

La nouvelle orientation s'est manifestée lors du premier Forum de Coopération Sino-africaine qui a eu lieu à Beijing en 2000 - mécanisme dont le but était de promouvoir les relations diplomatiques, le commerce et l'investissement entre la Chine et les pays africains. Pendant la même année, le commerce sino-africain a passé le cap des US$10 milliards pour la première fois. En 2003, il a atteint US$18.5 milliards et selon certaines estimations, cette année il est en cours d'atteindre US$30 milliards. Des estimations chinoises plus récentes affirment que le commerce sino-africain approche déjà la barre d’US $40 milliards.

Ce que l'on traduit par présence de la chine en Afrique, se reconnaît et s'affirme par le renforcement d'une coopération plurielle : échanges entre les institutions législatives, Coopération dans les affaires internationales, Contacts entre les collectivités locales, Commerce, Investissements, Coopération agricole, Construction d'infrastructures, Coopération multilatérale pour ne citer que ces domaines. A vrai dire, cette coopération n'improvise rien dans la mesure où les problèmes du continent sont les même depuis trois décennies. Mais, à en croire le président de la République « j'ai construit l'hôtel des députés avec les chinois à un prix extraordinairement intéressant ; ce qui ne serait pas possible avec certains prestataires; Voilà ce que je retiens de la présence des chinois en Afrique. »

Subséquemment aux propos du chef de l'état, qui laissent transparaître une carnation socialiste, il faut interroger la trop grande collaborabilité de la nouvelle puissance à l'égard du continent africain spécifiquement. Ne serait-ce pas là une sorte d'appât qui pourrait cristalliser la subtilité africaine autour de la surabondance ? Ou, la Chine ne serait ;elle pas en train de rechercher en terre fertile une collaboration suicidaire pour le continent africain ? On se rappelle alors le refus radical de l'empereur HAILE SELASSIE au nom de l'union africaine (lisez OUA à l'époque) de s'associer à la chine contre l'occident.

Justin DETTO
Journaliste - Consultant et spécialiste en Opinion publique
+(225) 01 62 31 65
jdetto@hotmail.fr

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