
« Que Dieu comble Soumah Yadi et sa bande pour que d'autres citoyens aient l'occasion de s'épanouir ! »
Quand sonne le temps de la Vérité, il est absurde de vouloir l'étouffer, car elle opère un peu alors comme la vapeur d'une étuve, qui n'hésite pas à soulever ou à projeter le couvercle qui tend en vain à la contenir.
C'est le sens que nous invitons les Ivoiriens qui nous ont suivi lors de notre récente sortie au cours de la conférence de presse du 23 mai dernier, à donner à notre attitude qui, autrement prise, se comprendrait difficilement.
La nation ivoirienne tout entière doit être prise à témoin dans certaines circonstances précises, surtout quand il s'agit de l'application des règles de la bonne gouvernance, qui est l'un des principes sacro-saints autour desquels s'évalue l'évolution d'une nation moderne.
Du reste, ceux qui nous suivent depuis longtemps se souviendront de ce que notre récente sortie s'inscrit dans une ligne de conduite que nous nous sommes tracée depuis longtemps déjà.
En 1985, nous notions en effet dans un article que « …l'illusion du règne d'un absolu totalitarisme dans un pays comme le nôtre, dont les textes juridiques prescrivent pourtant des droits très larges aux citoyens, vient du fait - et c'est là la grande leçon à retenir - que l'appareil judiciaire n'a pas la faculté de se mettre tout seul en branle pour venir réparer les torts subis par chacun d'entre nous (…) Ainsi, il ne convient pas que les personnes victimes d'abus de la part d'agents de services publics souffrent en silence… C'est dire que l'affermissement des bases de la démocratie dans notre pays suppose, soit le renoncement de chacun d'entre nous au sentimentalisme de mauvais aloi qui nous empêche de dénoncer et de confondre devant leurs chefs, les agents indésirables qui gangrènent notre Administration, quand ils nous lèsent dans nos droits, soit d'intenter des actions en justice contre eux.
Au total, les services publics devront être sous un contrôle étroit du public que nous sommes. Si nous y réussissons, nous aurons grandement aidé à assainir notre Administration publique. Et ce faisant, nous maîtriserons un autre volet de la démocratie, par l'usage effectif de notre pouvoir de contrôle en tant que peuple, laquelle démocratie ne saurait en effet se limiter à la forme restreinte de participation à un scrutin électoral… » (Cf. notre article intitulé « Quelle liberté, quelle justice ! », Fraternité-Matin du Mercredi 20 mars 1985, p. 22. )
Nous sommes par conséquent bien dans notre rôle quand nous sommes amené à indexer, comme nous le faisons ouvertement aujourd'hui, M. Soumah Yadi et une bande de six inspecteurs de l'Enseignement secondaire dont il est le coordonnateur.
C'est ce collectif-là, composé de personnes qui ont embrassé à l'étouffer la philosophie sans que celle-ci daigne les épouser, qui a proposé à la signature de M. le Directeur de la Pédagogie et de la Formation Continue, le rejet de notre manuel de cours traité, en dépit d'une appréciation on ne peut plus élogieuse, puisque de leur propre aveu, « Il apparaît que le contenu philosophique est irréprochable parce que riche en textes véhiculant des connaissances sûres et du fait de la justesse des références aux auteurs. »
Le prétexte fallacieux invoqué pour justifier ce rejet et suivant lequel « il a été constaté que le document soumis n'est conforme ni aux objectifs pédagogiques, ni à l'approche méthodologique préconisés par le Programme Interafricain de philosophie, tels qu'en vigueur... ( et qui fait que) dans l'état actuel de nos programmes de philosophie, l'utilisation du "TRAITE DE PHILOSOPHIE" dans nos classes induira… beaucoup de confusions, tant chez les enseignants que chez les apprenants. », témoigne d'une grave méconnaissance de la définition même du terme de manuel au sujet duquel le dictionnaire Petit Robert nous donne à lire ce qui suit :
« Manuel : Ouvrage didactique présentant, sous un format maniable, les notions essentielles d'une science, d'une technique, et spécialement les connaissances exigées par les programmes scolaires. »
Comme M. Soumah Yadi et sa bande devraient le savoir, un manuel scolaire n'a jamais eu vocation à rendre inutile la présence d'un enseignant. Le manuel scolaire n'opère pas non plus comme un catéchisme.
Ils devraient se souvenir du reste de l'usage qu'ils ont fait du manuel de Huisman et Vergez, du temps de leurs années de lycée.
Quant à la notion de « dispositions en vigueur », faut-il leur rappeler qu'à une certaine époque, les dispositions en vigueur prescrivaient que « Le soleil tourne autour de la terre » ?
Ce qui est proprement inadmissible de la part de M. Soumah Yadi et de sa bande (qui se dévoilent quand ils écrivent dans l'avant-propos de leur « Cahier d'activités », en fait un simple recueil de textes, dont ils ne sont pas les auteurs, et imposé aux élèves des classes de terminales, qu'ils « ont eu le souci d'éviter toute confusion et tout dépaysement chez les élèves et même chez les enseignants ») , c'est de laisser croire faussement que notre Traité de Philosophie ne porte pas sur le Programme Interafricain de philosophie.
Du reste, ce « Cahier d'activités » paru postérieurement à notre Traité de philosophie, n'a pour seule originalité que la plate reproduction de l'innovation majeure que nous avons apportée dans notre manuel, que nous avons ponctué de questionnaires d'évaluation des connaissances.
On trouvera les preuves de nos dires dans les archives du CNPTE et même dans des témoignages de nos élèves.
Nous souhaiterions que M. Soumah Yadi et sa bande s'engagent à donner des preuves semblables au cours d'une confrontation devant un jury de personnes compétentes en la matière.
Par ailleurs, nous adressons respectueusement à M. Vila José-Claude, la question fondamentale tendant à savoir la composition de la Commission ayant octroyé l'agrément au Cahier d'activités réalisé par le collectif dirigé par M. Soumah Yadi.
Est-il besoin de rappeler à M. Soumah Yadi et à sa bande, ce propos d'Empédocle :
« Il n'est pas de choses légitimes pour quelques-uns
Et illégitimes pour d'autres ;
La loi s'étend partout et à tous
Comme l'air qui règne au loin
Et l'infinie lumière du ciel… »
La réalisation d'un Cahier d'activités ne requiert point le même effort intellectuel qu'un manuel de cours traité, et notre souhait serait que nos six savants pédagogues censeurs mettent plutôt un autre manuel en compétition avec le nôtre.
Nous sommes étonné que M. Soumah Yadi qui, depuis 1990, ne tient plus de classe, et ses autres collègues qui se trouvent tous loin des classes, dans les administrations, puissent prétendre nous donner des leçons en matière d'enseignement, nous qui avons passé pratiquement toute notre carrière au contact des élèves.
Pour mémoire, nous rappellerons seulement à M. Soumah Yadi, qu'à l'avènement du multipartisme, alors que nous étions en train de corriger les copies du Bac au Collège Notre Dame du Plateau, il nous demandait, dans son beau rôle « d'harmonisateur » de nous hâter parce que, candidat à un poste électif, il avait une permission pour aller battre campagne, preuve s'il en est besoin, du haut degré de considération qu'il a pour l'éducation qu'il sacrifie aisément sur l'autel de la politique politicienne.
Se souvient-il d'ailleurs qu'au passage, il nous laissait entendre qu'il était conscient de ce que ses chances d'être élu étaient très minces, mais qu'il espérait que les affiches rendraient son nom plus familier pour les électeurs au cours d'échéances plus lointaines ?
Comment un tel homme, qui par la suite a passé le plus clair de son temps à débusquer des sorciers ou à prétendre porter, comme Atlas, sur ses larges épaules la Côte d'Ivoire et sans doute aussi le Monde, par ses « intercessions », peut-il du jour au lendemain s'autoproclamer plus compétent que nous en philosophie ?
Certaines personnes nous ont conseillé une attitude de patience, avec comme argument que la valeur de notre Traité de philosophie sera tôt ou tard reconnue un jour.
Malheureusement, ce conseil, s'il est valable pour des ouvrages de littérature générale ou spécialisée comme L'Annihilisme, qui, avec le temps, commence en effet à être reconnu, n'est d'aucune utilité pour un manuel scolaire dont la durée de validité est limitée dans le temps, vu la variabilité des programmes.
Au total, la légitimité de notre réaction tient au fait que, si nous sommes né en Côte d'Ivoire, c'est pour y prospérer ; c'est pour y trouver, nous aussi, les conditions de notre épanouissement que nous refusons de voir hypothéquer par M. Soumah Yadi et sa bande.
Le temps n'est plus où il fallait s'exiler pour être reconnu, conformément au vieil adage biblique selon lequel « Nul n'est prophète en son pays » !
S'il est vrai que l'image d'Epinal qui s'est imposée dans l'histoire a toujours été celle de l'esclave-philosophe Epictète subissant sans broncher de voir sa jambe cassée par son maître, il ne sera pas dit que nous aurons été l'Epictète de Soumah Yadi ou de qui que ce soit d'autre, ni que nous regarderons passivement la Côte d'Ivoire devenir ce pays singulier où des exorcistes font office de philosophes.
Du reste, puisque nous apprenons avec lui que la force spirituelle des éminents hommes de Dieu est fonction du nombre d'âmes ou de perdrix écrabouillées, il faudra bien que l'on nous apprenne la quantité de ces entités qu'il a fallu que M. Soumah Yadi sacrifie à son tour pour détenir une si grande puissance, qui lui permet de décider de confiner impunément dans la misère, des esprits parmi les plus productifs de ce pays !
Dans tous les cas, nous refusons de nous plier à la sorte de délit « d'attentat à la compétence » que M. Soumah Yadi veut nous faire subir.
C'est pourquoi nous prenons par cet article, le peuple ivoirien à témoin.
Nous entendons solliciter très prochainement toutes les institutions de notre pays, à commencer par le nouveau ministre de l'Education Nationale, pour que non seulement justice nous soit rendue, mais qu'en accord avec l'Association des Ecrivains de Côte d'Ivoire et d'autres organisations compétentes en la matière, une Commission Nationale de choix des manuels scolaires soit mise sur pied.
Abidjan le 11 juin 2007.
ADOU KOFFI, professeur de philosophie
BP 46 Cidex 2 Abidjan 08
E-mail : dajekof@yahoo.fr